mercredi 20 mai |
Ceci est une liste des différents thèmes et hypothèses qui ont été discutés lors de la dernière réunion, en vue de la préparation de la réunion du Jeudi 21 à 17H dans le Hall B. (j’ai essayé d'approfondir à certains endroits, sans trop donner mon opinion...).
L'idée motrice de la réunion fût la suivante : maintenant que le mouvement s'est éteint sur Rennes 2, quel sens donner à Rennes Troie et comment le continuer en dehors de la grève tout en maintenant une conflictualité avec l'université et a fortiori avec l'économie-monde capitaliste?
Quelques certitudes, principes et questions à la base de notre projet :
- Se pencher sur ce que veut dire le «savoir» et expérimenter une remise en question radicale des rôles prof/élève.
- l'élaboration d'une intelligence collective, c'est-à-dire par le biais d'un travail de recherche en commun (groupes de réflexion), sur des thèmes choisis au préalable. >>> LES SEMINAIRES. Ceci implique de sortir de l'individualisation face au savoir et à l'étude que les rôles prof/élève induisent.
- une attention/exigence vis-à-vis du moment de la mise en commun des recherches , qui ne doit pas être une transmission unilatérale inféconde, mais le moment d'une mise en jeu collective du savoir par le biais de l'échange et du débat avec «l'auditoire». >>> LES COURS. Il y aurait dans un premier temps un exposé (de natures variées et individuel ou collectif) et ensuite un échange. La transmission et le débat sont tout autant envisagés comme parties prenantes de la constitution d'une intelligence collective que le travail initial de la recherche : ils sont tous le moment d'un partage et doivent être élaborés comme tel.
- distinguer la position de maîtrise (connaissance approfondie de tel ou tel sujet) de la figure du professeur. Abandonner la référence aux rôles prof/élève ne signifie pas nier qu'il existe des inégalités de connaissance, mais marque la volonté de ne pas conférer un pouvoir de domination à celui qui possède une plus grande maîtrise sur un sujet donné. La figure du professeur c'est la position de maîtrise qui se fige dans un rôle de pouvoir et qui déduit de l'inégalité des connaissances l'inégalité des capacités. C'est pourquoi les positions d'enseignants et d'enseignés seront appelées à tourner, à s'échanger autant que possible. Et ainsi reconnaître en chaque être-apprenant son égal.
- faire l'expérience de ce que la recherche et la transmission ne sont pas déliées mais toujours en interaction réciproque, c'est-à-dire qu'il y a de la transmission de savoir et du débat au moment de la recherche (entre les différentes personnes qui constituent le groupe) et inversement, qu'il y a de la recherche au moment de la transmission (les débats pendant le cours viendraient renforcer le travail fait par les groupes dans les séminaires, en donnant des éclairages nouveaux, initiant de nouvelles perspectives de recherche, etc.)
- entamer un processus de désidentification : ceci est lié à l'idée qu'on ne se débarrasse pas de ces rôles-là en claquant des doigts. Ils existent bel et bien : le quotidien de la fac nous le prouve incessamment. D'ailleurs, l'expérience passée de Rennes Troie nous a peut-être enseigné qu'il n'y a pas besoin d'être prof pour faire le prof ou d'être étudiant pour faire l'étudiant...On n'abolit pas les identités par la parole, mais en y cherchant les fêlures, les dispositions à l'éclatement identitaire, en travaillant les velléités de dépassement. Mais ceci ne dit pas tout sur l'attitude que nous voulons adopter vis-à-vis des profs eux-mêmes. Peut-on élaborer du commun avec eux (du moins certains d'entre-eux) et comment nous y prendre pour ne pas reconduire les crispations de la grève, avec Y.Bonny par ex.? Avons-nous encore l'envie de nous y attacher ?
- lier Rennes Troie à la lutte. Une «formule» a été proposée pour qualifier le projet (on en fera ce qu'on en voudra...) : «politique du savoir et savoir politique» : politiser la question du savoir, c-à-d construire et mettre en œuvre une certaine idée du savoir avec ses partis pris et qui ne se limite pas uniquement à la lutte stricto sensu (politique du savoir), et se réapproprier un savoir politique (histoire du mouvement ouvrier, des formes de vies révolutionnaires, se réapproprier des usages pratiques, techniques de lutte, etc.) . Le savoir ne peut évincer la question de la lutte et la lutte celle du savoir. Il s'agit de dépasser les impasses de la conception du savoir à l'école/fac en même temps que celles de la lutte.
- Rennes Troie sera une façon de construire et de questionner notre être-en-commun dans la lutte : quels rapports entretenons-nous au sein de celle-ci, comment ne pas reconduire les postures de domination, qu'est ce qui nous est commun, etc.? Cette expérience doit avoir un caractère nourricier pour nos conflits. Rennes Troie déborde Rennes Troie.
- faire en sorte de ne pas tomber dans le panneau de l'alternative inoffensive. Rennes Troie ne doit pas être le lieu d'une forme alternative par et pour l'étudiant. On pourrait très bien imaginer que certains de nos ennemis, type présidence, fassent en sorte que Rennes Troie trouve un petit amphi et s'en arrête là. Il est clair que de notre côté personne n'a exprimé ce souhait-là. Dès-lors, comment penser l'élaboration d'une conflictualité au sein de la fac? En plus des points précédemment cités, qui mettent en jeu l'idée d'un savoir conflictuel, la question de la conflictualité a trait à notre façon d'apparaître dans ce lieu, à notre manière d'occuper l'espace, etc. On ne subverti pas l'idéologie d'un lieu sans subvertir la gestion de l'espace de celui-ci. Nous n'avons pas tranché sur cette question. Est-ce qu'il nous faut un local sur la fac? Le prendre de force au risque de se faire stigmatiser comme le «noyau dur», les «totos»,etc. ou se constituer en asso bidon, au risque de s'empêtrer dans de la paperasse repoussante? Quelle est notre manière d'intervenir : débrayage de cours pour nous y mettre à la place, occuper des lieux inattendus, etc.?
En tout cas, nous avons pensé qu'il était important d'avoir un lieu type local, un point de convergence pour stocker du matériel (photocopieuse, ordis, etc.), tenir des permanences (pour les curieux qui veulent se renseigner), faire des rencontres, etc. Avoir un local en dehors de la fac? Peut-être faut-il que Rennes Troie ait déjà une existence tangible avec des idées claires avant de se poser la question du local?
- Rennes Troie n'est pas un appel à la désertion de la fac , mais bien une expérience pour mettre en crise cette dernière. Le problème est maintenant de savoir si l'on veut s'en tenir à la fac où si l'on veut trouver en plus d'autres points d'apparition dans la ville. Et ainsi porter l'idée que le savoir et la lutte ne s'arrête pas aux murs de la fac. De plus, doit-on prendre la fac comme point central de notre critique, faire une critique interne de celle-ci?
- adopter une manière intempestive d'apparaître dans la ville : Comment Rennes Troie déborde la fac, comment se propager dans la ville? Devenir une force de propagation «multipôlaire». La volonté de sortir physiquement de la fac ne suffit pas pour autant à sortir du cercle universitaire (ex: erreur du type «université hors d'elle» qui ne fait que déplacer la fac dans la ville, sans interroger ses pratiques).
On pourrait penser à faire Rennes Troie dans des bars, MJC, lieux publics, non-lieux, etc. La fac n'a pas le monopole du savoir et de la lutte, raison de plus pour s'en extraire.
- nécessité d'avoir un/des espaces qui à la fois brisent la temporalité des mouvements «sociaux» (politiques?) et permet de trouver une continuité entre les luttes, pour ne pas se mettre en veille politique en dehors des mouvements, pour continuer à élaborer ensemble.
- la question de l'ouverture : quelle degré d'hétérogénéité, de désaccord au sein de Rennes Troie? Lieu d'une pluralité de positions politiques, pas le lieu d'une seule position dans l'auto-satisfaction. Chercher la confrontation critique avec l'extérieur, envisagée comme une mise en jeu. Mais pour participer aux séminaires/groupes de réflexion de Rennes Troie, il faut au moins partager les postulats de base du projet énoncés ci-dessus (mais qui ne sont pas tous encore là et bien clair). Par contre, les cours devraient être adressés à n'importe qui? Penser la formulation des adresses pour qu'elles appellent implicitement à la venu de certaines personnes en particulier?
Quelques détails techniques :
- faire une réunion par mois?
- comment laisser la place aux initiatives individuelles et ponctuelles? Ceci n'est pas forcément en contradiction avec la formation d'une intelligence collective.
- trouver une personne motivée pour reprendre le site internet, etc. Penser à nos moyens de communication : affiches, programmes, etc.
- est-ce qu'on commence dès cet été ou bien à la rentrée? On risque peut-être de forger un noyau dur, avec ses propres habitudes et manières d'être, compliquant ainsi la réappropriation par d'autres. Mais commencer dès cet été permet aussi d'arriver à la rentrée avec une base solide à présenter. Il se peut aussi qu'on soit tous dispersés à droite à gauche pendant les vacances...
mardi 10 mars |
Peu de lignes dans les journaux, encore moins à la télé, mais la grève dans les facs, c’est plus d'une vingtaine d' universités bloquées en France. De Marseille à Brest, de Strasbourg à Pau, les étudiants ont stoppé les cours et se sont réappropriés leurs locaux. A Rennes 2, ça fait 4 semaines qu’on est en grève. Mais plus que les derniers décrets, c’est toute la politique de l’éducation qu’on veut revoir, et peut-être même celle du gouvernement… Nous avons donc pris le temps et les lieux pour nous organiser.
Nous avons créé Rennes Troie, une fac alternative, pour expérimenter une autre façon de partager le savoir et la grève. On refuse de se voir imposer des savants et autres marchands d’idées prémâchées: les professionnels de la lutte comme les professionnels du savoir. Et chacun est à même d’amener sa pierre à l’édifice, de construire Rennes Troie. Nous disons que le savoir n’est pas dans la tête de quelques universitaires, mais qu’il peut surgir partout, et dans la tête de n’importe qui, à travers l’expérience de chacun. Qu’il n’est pas moins légitime que le savoir du prof et de «l'expert». Ce qui compte avant tout, c’est de le mettre en commun, comme un premier pas vers l’éclatement des barrières sociales qui nous divisent. Remémorons-nous ces quelques mots qu’un certain Nicolas S. a un jour dit: «ce que je redoute le plus, c’est lajonction entre le monde étudiant et celui des banlieusards». Ce que le gouvernement craint par dessus tout, c’est donc qu’on s’unisse, qu’on partage nos luttes et nos colères. Nous ne voulons pas tomber dans le piège du «diviser pour mieux régner». Allons encore plus loin que ce qu’il craint. Créons de l’inattendu. Là est notre force.
Que nous soyons, ouvrier, cadre, intérimaire, chômeurs, squatteurs ou retraités, etc. nous avons tous à apprendre des uns des autres. Partager des idées, des techniques et des pratiques qui font de la connaissance une arme pour transformer ce monde. Et réaliser que le savoir ne s’arrête pas aux murs de la fac. Voilà le fonctionnementqu’on propose : dans un premier temps, n’importe qui peut lancer un atelier pratique, une conférence, un film, un jeu, une bouffe…. Il suffit de mettre son idée sur le tableau d’affichage, en précisant le lieu et le créneau désiré. Ceci afin de favoriser la spontanéité et les prises d’initiatives. Par exemple on a déjà eu un débat autour des films La Haine, La Jetée, ou encore les révoltes en Kabylie, construit un four à pain, mis en place une conférence sur la résistance en Palestine et bien d’autres choses encore. Aussi, pour faire en sorte d’inscrire Rennes Troie dans la durée, des commissions (ouvertes à tous) sont constituées où des groupes se forment, afin de mettre en place des projets sur le long terme. C’est le cas pour les ateliers de création collective (tous les matins à 9h), le séminaire sur la Médecine, le Communisme, l’Immigration, etc. Enfin, pour que ces échanges ne se limitent pas aux murs de la fac, Rennes Troie à vocation à s’ouvrir vers l’extérieur, MJC, bars, salles publiques : aller partout où nous ne sommes pas attendu...
Contrairement aux idées reçues, la grève c’est pas juste s’arrêter de travailler ou d’étudier. Bien plus qu’un simple arrêt ou un blocage, c’est la mise en marche d’une force créative et collective, qui se bat contre la mise au pas de ce monde. A nous de bâtir cette puissance commune que le Pouvoir veut à tout prix enterrer!
mercredi 04 mars |
La commission Rennes Troie, ouverte à toutes et à tous, a décidé de modifier ses principes de fonctionnement, dans le but de dépasser les écueils auxquels cette «fac libérée» s'est trouvée confrontée depuis son lancement. Nous sommes parti des quelques constats suivants :
malgré les bons côtés du système du panneau d'affichage libre, où se sont les grévistes qui choisissent de leur propre chef le sujet et l'horaire de leur «cours», il nous a paru que ce fonctionnement ne permettait pas d'établir un programme élaboré: celui-ci n'étant en effet jamais fixe ; ce qui a pour fâcheuse conséquence de ne pas pouvoir rendre le contenu public à l'avance et donc d'élargir la sphère d'influence de Rennes Troie. Il faut penser ce programme comme s'inscrivant dans une dynamique d'ouverture. La grève et la fac libérée ne pourront avoir un impact fort sur le cours tranquille de nos vies sans une percée vers l'extérieur, sans un geste vers nos alliés potentiels, qu'il nous faut aller chercher et rencontrer. Faire se rencontrer ceux qui a priori ne le doivent pas : voilà un geste politique que nous devons porter au sein de Rennes Troie.
nous avons voulu rompre avec le caractère par trop spontané et éphémère de ce projet, qui ne permet pas de s'inscrire dans le long terme, et qui est un frein à l'intensification de la lutte. C'est pourquoi nous proposons de mettre en place le fonctionnement suivant : une commission a lieu en début de semaine; des thèmes de recherche sont proposés; et ceux-ci sont des points de départs à partir desquels des groupes de réflexions peuvent se constituer, dans le but de préparer un ou plusieurs débats. Les évènements pourraient alors s'inscrire dans une continuité et prendre la forme de séminaires, par exemple. Ceci ne nous oblige en rien à abandonner le système d'affichage libre qui, selon nous, reste pertinent à biens des égards (prise d'initiative libre, spontanéité, autonomie, etc.)
Nous vous proposons un RDV Jeudi 5 Mars à 17H30 dans le Hall B pour constituer des groupes de réflexions à partir des thèmes suivants (thèmes proposé lors de la dernière commission) : le savoir, sa transmission et son évaluation; le communisme; les sans-papiers; la domination masculine dans les mouvements sociaux; l'OTAN; la Palestine; atelier pratique sur l'électricité; la révolte kabyle de 2001; etc. Vous pouvez bien sûr proposer et partager vos idées sur d'autres thèmes, si ceux-ci ne vous parlent pas...
Il nous faut enfin rappeler que Rennes Troie n'est pas l'affaire d'une poignée de grévistes minoritaires mais bien l'outil de tous ceux qui veulent faire ici et maintenant une expérience autre de la vie et du savoir, au sein de la grève, à même de subvertir le cours normal des choses.
vendredi 27 fevrier |
nb: ce texte est une initiative personnelle et non issu d'un consensus au sein de Rennes Troie. Si vous n'êtes pas en accord avec celui-ci, notamment la fin, merci d'envoyer un mail ou de commenter le texte et les modifications y seront apportées
Comme cela avait été voté lors de l'assemblée générale ce mercredi 25 février, le hall B avait été débloqué le soir même afin que les personnels BIATOSS puissent y préparer les journées portes-ouvertes prévues ce samedi 28 février. Selon les conditions initialement énoncées, les étudiants grévistes devaient pouvoir y tenir leurs réunions et commissions ainsi que les activités de Rennes Troie et disposer d'un espace au sein des portes-ouvertes afin d'exposer les revendications du mouvement aux visiteurs.
Malheureusement, alors que jeudi après-midi nous avions pu disposer d'un amphi pour discuter dans le plus grand calme de la manifestation et de l'action qui venaient de se dérouler, jeudi soir la vis-présidence – en l'absence du président Marc Gontard – a soudainement changé de position. En effet, invoquant un risque de débordements dus à d'hypothétiques provocations policières et la sécurité des portes-ouvertes, l'équipe de direction a refusé de nous accorder un lieu nous permettant de tenir à 18h la commission occupation chargée d'organiser les portes-ouvertes et à 19h un colloque intitulé "médecine et capital".
Après 1 heure de tractation et face à ces arguments totalement irrationnels, il s'est avéré de façon très claire que les instances dirigeantes cherchaient à tout prix un prétexte leur permettant de ne pas tenir les portes-ouvertes, n'ayant aucune envie de présenter leur université comme un lieu de contestation qu'elle a pourtant toujours été depuis sa création en 69. Malheureusement pour eux, très peu habiles dans cette mascarade, leur petit jeu a rapidement été mis à jour et la présence des enseignants grévistes les à poussés à, une nouvelle fois, changer de position (on est plus à ça près chez les anciens mao...) ,nous accordant une salle dans les préfa' (bâtiment F) jusqu'à 21h. Cependant, à déjà 19h30, devant le glauque du lieu, la tension régnante et afin de ne pas entrer dans le jeu de divisions et d'oppositions de la vis-présidence, la vingtaine d'étudiants encore présents a décidé pour certains de se réunir dans un bar et pour les autres de rentrer chez eux, tous avec le sentiment amer de la trahison?
Bien entendu celle-ci était, sinon prévisible, au moins attendue et sa survenue n'était qu'une question de temps comme le montre la position du président Marc Gontard exposée à l'AFP ce mercredi 25 février discutée sur le forum de rennes 2 en grève. Dans ces conditions et avec le recul progressif mais non moins assuré du gouvernement sur la réforme du statu dans enseignants, nous appelons les étudiants à la plus grande vigilance quand à l'autonomie du mouvement étudiant et les revendications qu'il porte et à la plus grande méfiance vis-à-vis des instances dirigeantes de l'université.
lundi 23 fevrier |
Qui dit grève, dit suspension du cours normal des choses, et dans le cas de la fac , suspension des cours tout court. Depuis cet arrêt du travail, nous sommes à même de faire un pas de côté, de prendre du recul sur ce qui constitue notre petite routine estudiantine, faite de cours magistraux, de courses à la bonne note et de «ce n'est pas le lieu pour discuter de ça, monsieur.». Vient alors le moment de se saisir des multiples horizons que rend possible ce mouvement de résistance; et où l'on voit que la grève et le blocage sont bien plus un déblocage, une ouverture du champ des possibles. Faire grève, au-delà du simple motif d'arrêt de la production du savoir, peut être le moment d'une réappropriation, d'une redéfinition libre des différentes facettes de l'existence, notamment celle du savoir, de sa transmission et de son partage entre les êtres. Nous avons été nombreux à percevoir la nécessité et l'opportunité de mettre en place des «cours alternatifs»; des moments où s'élaborent une conception autre du savoir
A l'école, à la fac, on nous donne du savoir une idée neutre, objective et inoffensive, et sous couvert de nous enseigner la Science et la Culture, on nous prépare au final au monde du Travail, à accepter le monde tel qu'il est , un point c'est tout; contredisant par là-même la prétention à la neutralité, à l'objectivité. Bien plus, le discours universitaire est là pour imposer l'évidence qu'il n'est pas lieu d'attendre des idées qu'elles transforment une existence, encore moins un monde (capitaliste en l'occurrence). Tout au plus s'agit-il de comprendre le monde, de l'interpréter, mais jamais de le transformer (ou alors d'admirer ceux qui l'ont effectivement transformé). A l'encontre de cette perception hégémonique et stérile, saisissons-nous de cette opportunité qu'est la grève pour porter et concrétiser une idée du savoir qui appelle à la prise de position et à la lutte, qui reconnaît, élabore et affirme ses partis pris. Et c'est bien parce que la grève est la matérialisation d'un conflit politique qu'il s'agit de porter en son sein une idée d'un savoir pleinement conflictuel. Le savoir n'a jamais été synonyme de paix, il faut se faire de celui-ci une idée offensive, à même de changer la vie.
Ces «cours alternatifs» devraient participer de la subversion de la hiérarchie universitaire , qui repose en partie sur la division factice et abrutissante entre maître et élève, enseignant et enseigné : celui qui sait et celui qui ne sait pas. Le cours, envisagé dans sa triste banalité, est ce discours univoque et unilatérale où les explications du professeur se substituent à l'autonomie intellectuelle de celui qui est placé dans la position d'élève. On y prend l'habitude de se taire, forgeant ainsi le doute en ses propres capacités et justifiant dès lors la nécessité des explications du professeur. La boucle est ainsi bouclée.
Dans un souci de renversement de ce qui fait le quotidien de la fac, nous proposons des «cours alternatifs» où le débat, la prise d'initiative et l'autonomie intellectuelle sont partie prenante d'un processus d'émancipation collective. Les cours pourraient se dérouler de la façon suivante : dans un premier temps , un exposé, un film, un ou des intervenants extérieurs, etc. Libre à nous de trouver les supports adéquats. Dans un second temps, place au débat , à la discussion conflictuelle, ouvert à toutes et à tous ( y compris aux personnes extérieures à la fac) ; cette seconde partie devrait constituer la majeure partie du «cours». Afin d'éviter la reconduction de la figure du spécialiste-expert, qui dispense son savoir sous la forme d'un one man show , nous invitons les personnes à préparer un tant soit peu les discussions. Parallèlement , il semble nécessaire que les thèmes des discussions ne soient pas votés en Assemblée Générale, mais soient le fruit de prises d'initiatives libres. Dans cette perspective générale de remise en question des cours à l'université, il va de soi que les examens n'ont pas leur place dans le cadre de ces «cours alternatifs». Oublions les un peu et faisons en sorte de mettre à l'épreuve le savoir au sein même de nos vies.
Plutôt que d'attendre servilement le retrait des réformes, peuplons cette grève d'autres désirs que celui du retour à la normale!
Libérons la fac de ces bloqueurs que sont les rôles de profs et d'étudiants, car le blocage c'est ce qui a lieu chaque jour où les possibilités d'échapper à la marche forcée de ce monde sont substituées à la consolidation de
celui-ci!
Faisons grève à la hauteur du monde que nous voulons construire.
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